Les pays les plus menacés font monter la pression
Alors que les grandes puissances peinent à annoncer des objectifs clairs en vue de la conférence de Copenhague, les pays les plus menacés par le changement climatique élèvent la voix. Les journées européennes du développement, réunies à Stockholm du 22 au 24 octobre sont l’occasion d’un point de situation sur les positions des uns et des autres. Un moment de rencontre intéressant entre l’Europe et les pays les plus pauvres de la planète.
L’Afrique menace…
Les pays Africains sont souvent considérés par leurs homologues du nord comme difficilement capables de s’unir pour défendre leurs intérêts de façon concertée. Leur prise de position en est que plus symbolique. L’Egypte, présidant l’Union Africaine, a annoncé en début de semaine que les pays Africains boycotteraient la conférence de Copenhague en cas d’échec des négociations pour un accord global sur le changement climatique. Refusant d’être écartée des discussions par des négociations parallèles, organisées par les grandes puissances et se considérant, à juste titre, comme le continent le plus menacé par le changement climatique, l’Afrique veut être actrice autant que bénéficiaire des accords de Copenhague. La menace de boycott vise à dénoncer non seulement l’attitude des Etats-Unis et des pays du Nord, mais aussi celle des pays en développement rapide comme la Chine qui sont accusés de défendre leurs intérêts propres plutôt que ceux des pays les moins avancés. Même si il est très probable que les pays Africains renoncent à un boycott dont la conséquence immédiate serait de réduire à néant toute chance d’accord, la menace, prise très au sérieux par l’Europe, a suffi à faire réagir le Secrétaire Général des Nations Unies. Ce dernier demande aux pays du nord de prendre en compte les enjeux économiques posés par le changement climatique dans les pays les plus vulnérables et appelle à une attitude constructive pour sortir de la crise de confiance entre les pays les moins avancés et les pays développés.
…et les Maldives s’engagent dans un avenir sans carbone
De leurs côtés les Maldives, après avoir organisé un conseil des ministres sous-marins il y a dix jours pour attirer l’attention des médias sur la situation des archipels marins, ont annoncé qu’ils seraient la première nation carbone 0 de la planète. Le ministre des affaires étrangères des Maldives a présenté cet objectif annoncé par le Président en début de semaine. L’activité principale de cet archipel constitué de milliers d’ilots dont la plupart ne dépassent pas 3 mètres d’altitude, est la pêche. Les bateaux de pêche utilisent du fuel qui coûte plus cher à l’achat que le produit de la pêche rapporté dans les ports du pays. Dans ces conditions, le gouvernement s’est engagé dans une politique inédite de remplacement de l’ensemble de sa flotte par des bateaux utilisant l’énergie solaire et éolienne. Souhaitant montrer la voie aux autres pays et ne pas subir sans réagir, le gouvernement s’est engagé à ne plus importer d’hydrocarbures pour faire des Maldives un pays 0 émissions de gaz à effet de serre dès 2020. Le plan gouvernemental prévoit également une action sur l’industrie hôtelière : la construction et la rénovation des bâtiments, les déplacements liés au tourisme et la restauration. Parallèlement, les Maldives expérimentent avec l’aide du Japon des technologies nouvelles pour prévenir les Tsunamis et créer des digues offshore nouvelles générations pour tenter de lutter contre la montée des eaux. Tout cela n’évite pas certaines îles d’être d’ores et déjà inhabitables et évacuées par la population relogée dans les iles rachetées à l’Inde ou d’autres remblayées pour les relever de quelques mètres supplémentaires… aux Maldives, les effets du changement climatique sont déjà une réalité pour plusieurs dizaines de milliers d’habitants déplacés et menacés.
La terre n’a pas besoin de nous, c’est nous qui avons besoin de la terre
C’est par ces mots que le premier ministre du Bangladesh s’est adressé à son auditoire. Car si certains disent vouloir sauver la terre, qu’ils se rassurent la terre survivra à la présence humaine. Ce qui est en jeu, c’est notre propre survie, c’est la survie des peuples sur l’ensemble des continents. Il y a urgence, le Bangladesh, pays pauvre parmi les plus pauvres est déjà dans une situation de rupture sociale. La question de la hausse du niveau des mers n’est plus une estimation ou un risque, c’est déjà la situation que vivent des millions d’habitants. Jusqu’à il y a quelques années, lorsqu’il pleuvait, le pays était inondé, c’était terrible, mais c’était normal et lorsque la mousson s’arrêtait l’eau repartait et les champs fleurissaient. Aujourd’hui, la situation est telle que même quand il fait plein soleil et que la mousson est passée, les champs et les rues sont inondés sous 4 à 5 mètres d’eau. Les experts considèrent qu’un cinquième des surfaces agricoles est déjà perdu définitivement et l’eau continue de gagner du terrain, pas seulement celle de la mer, mais aussi celle des Montagnes et du Ganges qui n’arrive plus à écouler les flux venant des hauts plateaux du Népal par la fonte des neiges et des glaciers.
Face à cette situation, Le Bangladesh essaye d’agir, dans les limites de ses moyens et avec l’aide de l’Europe qui est la seule région du Monde à soutenir des projets de maintien des populations et de développement au Bangladesh. Mais le message que veux porter le Bangladesh auprès des peuples du monde c’est celui de la responsabilité, « souvenons-nous que la terre n’a pas besoin des hommes, alors que nous nous n’avons que la terre pour vivre ou pour survivre ! »
Frédéric Vallier, Stockholm 23 octobre 2009


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